New York, printemps 1971. Un artiste allemand a passé des mois dans les archives publiques de la ville : registres immobiliers, actes notariés, raisons sociales. Il a photographié 142 immeubles dans le South Bronx, à Harlem, dans le Lower East Side. Bâtiments délabrés, escaliers sans eau chaude, appartements surpeuplés. Puis il construit son œuvre : chaque photographie accompagnée d’une fiche. Propriétaire. Adresse. Transactions.

De ces documents émerge quelque chose qui n’avait jamais été rendu aussi visible : tous ces immeubles, différents par leur apparence, différents par leur quartier, relevaient d’un même réseau. Familles liées entre elles, sociétés changeant de nom mais non de propriétaire. Un système unique aux multiples visages.

Hans Haacke intitule ce travail Shapolsky et al. : « Shapolsky et autres », du nom du principal propriétaire documenté. Il n’accuse pas. Il ne commente pas. Il montre, et laisse les données parler.

Le Guggenheim Museum l’invite à une grande rétrospective : honneur rare pour un artiste de trente-cinq ans. Puis, six semaines avant l’ouverture, l’exposition est annulée. Le commissaire qui l’avait organisée est licencié. Motif officiel : le musée poursuit des objectifs « esthétiques et éducatifs » incompatibles avec une œuvre de caractère politique. L’art, affirme le Guggenheim, doit rester neutre.

Une institution financée par des capitaux privés, qui décide de ce que le public peut voir, et qui se retranche derrière la neutralité au moment même où elle censure ce qui la met en question : tel est le second niveau de l’œuvre de Haacke, celui que l’annulation a rendu, malgré elle, pleinement visible.

Installation view dell’opera di Hans Haacke con fotografie disposte a formare un profilo urbano simile a uno skyline
Shapolsky et al. Manhattan Real Estate Holdings, A Real-Time Social System, as of May 1, 1971.
Source : Coleman & James (dir.), Capitalism and the Camera, Verso, 2021, via ResearchGate. Licence CC BY-NC-SA 4.0.
L’installation adopte une configuration qui évoque un profil urbain construit à travers des images et des données.

Garder cette histoire à l’esprit aide à regarder autrement ce qui est en train de se passer à Fiumetto, sur le littoral de Pietrasanta.

Le Bagno Felice change de nom, change de forme, change de gamme de prix. Il devient Tala Beach : quarante tentes, une piscine, des services premium, une saison entre dix et douze mille euros. L’investissement dépasse deux millions. Cinquante-cinq emplois annoncés, dont vingt-cinq destinés à des résidents locaux. (La Nazione, 11 avril 2026, chronique de la Versilia).

Ce sont les chiffres avancés. Personne ne les conteste.

La question utile n’est pas de savoir si cette opération est juste ou injuste : ce type de question conduit presque toujours à des positions préfabriquées, et n’éclaire pas grand-chose. Il est plus intéressant de se demander ce que cette opération rend visible : ce qu’elle dit du territoire où elle prend place, et de ceux qui l’habitent.

Un espace en bord de mer n’est pas seulement un lieu où l’on va l’été. C’est un lieu dans lequel une communauté se reconnaît, où l’on revient chaque année, où l’on emmène sa famille. Lorsque ce lieu est réorganisé autour d’un seuil économique que la plupart des gens ne peuvent pas se permettre, il se produit quelque chose de plus subtil qu’une simple exclusion : l’endroit cesse lentement de vous sembler vôtre. Non parce que quelqu’un vous interdit d’y passer, mais parce que le langage de ce lieu, son prix, son esthétique, le type d’offre qu’il propose, ne vous parle plus.

Visitatore osserva l’installazione “Shapolsky et al. Manhattan Real Estate Holdings” di Hans Haacke al MACBA di Barcellona
Un visiteur observe « Shapolsky et al. Manhattan Real Estate Holdings, A Real-Time Social System, as of May 1, 1971 » de Hans Haacke, au MACBA Museu d’Art Contemporani de Barcelona.
Photo : Gemma Planell / MACBA, 2013, via MACBA Museu d’Art Contemporani de Barcelona (Flickr), licence CC BY-NC-ND 2.0.

La Versilia connaît ce mécanisme depuis longtemps. Résidences secondaires, tourisme saisonnier d’élite, services conçus pour ceux qui arrivent plutôt que pour ceux qui restent. Pietrasanta et Forte dei Marmi sont depuis des années des cas d’étude dans les débats sur l’affordability : un terme anglais qui, au fond, désigne simplement combien de personnes peuvent encore se permettre de vivre ici.

Tala Beach n’est pas la cause de ce processus. C’est un point où le mécanisme devient particulièrement lisible.

Le contre-argument existe, et il est honnête de le prendre au sérieux : des opérations de ce type créent de l’emploi, de la visibilité, des retombées économiques. Un territoire attractif produit de la richesse. L’ignorer reviendrait à simplifier.

Mais c’est précisément pour cette raison que la question devient plus exigeante : une ville peut-elle accroître sa valeur sans perdre sa capacité à fonctionner pour ceux qui y vivent toute l’année ?

Hans Haacke ne répondait pas. Il montrait la carte et laissait le mécanisme apparaître de lui-même. Le Guggenheim Museum l’a censuré parce que cette carte touchait trop directement ceux qui s’y reconnaissaient, non comme victimes, mais comme acteurs.

Peut-être que regarder les données de Fiumetto avec la même attention, sans chercher des coupables, sans idéaliser le passé, constitue déjà une manière de poser la bonne question : quel type de lieu voulons-nous que devienne ce fragment de littoral dans vingt ans, et pour qui continuera-t-il réellement de fonctionner.

Cet article a été traduit automatiquement depuis l’italien. Le texte original reflète la pensée de l’auteur; veuillez tenir compte d’éventuelles différences linguistiques dans la traduction.

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